Auchan

Auchan passe à la méthanisation

Posté le 01/10/2009

La méthanisation ? « Une belle voie de progrès », selon la secrétaire d'Etat à l'Ecologie, Chantal Jouanno qui visitait, mercredi 2 septembre dernier, l'usine de Varennes-Jarcy, dans l'Essonne, ouverte en 2002 et capable de traiter aujourd'hui 65000 tonnes de déchets organiques par an.

Mais cette « belle » voie de progrès, Pierre Frisch, Directeur environnement de l'enseigne de grande distribution Auchan a du l'emprunter en Belgique pour transformer les 2 000 tonnes de déchets organiques « produits » par les quinze magasins du nord de la France, faute d'avoir trouvé - ou convaincu - des partenaires industriels au sein de l'Hexagone. Il convient de constater que la France - qui fut pionnière en Europe avec la création en 1988 d'une unité de méthanisation à Amiens - n'a pas fait preuve, depuis, d'un grand enthousiasme sur le sujet. Elle ne compte aujourd'hui que sept usines en activité et trois autres en projet. « C'est pourtant là que l'État ou les collectivités locales devraient mettre de l'argent, tonne Pierre Frisch. Tous ces déchets que personne n'a plus le droit d'enfouir ou de brûler ou pire, de jeter, dans des conditions qui portent atteinte à la planète ».

Pour mémoire, la méthanisation, en plus de la production de compost pour l'agriculture, génère un biogaz substituable aux énergies fossiles - pétrole ou gaz naturel - pour le chauffage urbain ou les transports, et permet même d'animer des centrales de production d'électricité. Un m3 de ce gaz, obtenu par dégradation de déchets organiques est équivalent à 1,13 litre d'essence. « C'est ce carburant, rappelle opportunément le Directeur environnement d'Auchan, qui alimente les bus de l'agglomération lilloise depuis plusieurs années. »

Un taux de tri de 74% grâce à la méthanisation

Valoriser les déchets est une vieille obsession pour Pierre Frisch. Non cotée, l'entreprise n'est pas tenue à un reporting officiel sur ses pratiques de responsabilité sociale et environnementale. Elle s'est néanmoins dotée, depuis 2001 d'outils d'évaluation qui obligent chaque magasin à relever ses performances en matière de traitement de déchets (ainsi que de consommation d'énergie) et à les comparer à celles des autres sites. « Aujourd'hui, constate avec une juste satisfaction M. Frisch. Nous avons atteint un taux de tri moyen de 65 %. Grâce à la méthanisation, la performance atteint même 74 % dans les quinze magasins du nord. »

Dans ce domaine, il est impératif pour le Directeur environnement de l'enseigne de pousser le plus loin possible. Une façon de joindre réalisme économique et bonne pratique environnementale. L'enlèvement d'une tonne de déchets non triés coûte en effet 120 euros, une fortune ! « Et, note Pierre Frisch. Ce coût ne peut que s'amplifier, notamment du fait de l'application de la future taxe carbone ». Au contraire, un tri raisonné des « déchets industriels banals » (DIB) est source de constitution d'un « minerai » (les déchets inertes et non dangereux : bois, plastique, verre, acier, etc.) dont la revente peut équilibrer le bilan économique du traitement des déchets des magasins (rapport entre le coût du tri et le produit de la revente).

Malgré une chute conséquente du prix des matières premières fin 2008, quatorze magasins avaient atteint ce but. Trois de mieux que l'année précédente. « Notre premier souci, précise cependant Pierre Frisch, n'est pas ici de gagner de l'argent, mais de ne pas polluer ! ».

Repenser la conception des conditionnements pour limiter les déchets

La meilleure façon de régler le problème des déchets n'est-elle pas d'en limiter la production dès la conception même des conditionnements ? Une évidence pour le Directeur environnement d'Auchan : « il existe des boîtes de céréales pesant 110 g pour renfermer 500 g de produits ! » L'enseigne dispose-t-elle d'une marge de manœuvre pour limiter ces aberrations ? Oui, « avec les produits de marque Auchan, nos produits premiers prix, rétorque Pierre Frisch. Car, « maitres d'œuvre des cahiers des charges, nous imposons des conditionnements moins épais ». Cette préoccupation a permis, dès 2006, d'économiser 350 tonnes d'emballage par an en supprimant une cartonnette dans l'emballage d'une pâte à tarte et en la remplaçant par un simple film imprimé ! Dans ce sens, actuellement, les magasins de l'enseigne proposent, par exemple, au rayon self-discount des céréales pour le petit déjeuner en vrac, dont les clients remplissent un sachet avec la quantité de leur convenance.

Pierre Frisch, Directeur environnement chez Auchan : « Le développement durable doit être l'affaire de tous et pas seulement celle des sauveurs professionnels de la planète. »

Autre mesure notable, le remplacement de cartons à usage unique dans les rayons fruits et légumes par des cagettes en plastique réutilisable. Cette dernière mesure résulte même du concours interne qui, depuis 2003, récompense les meilleures initiatives locales pour limiter les gaz à effets de serre, renforcer le tri des déchets ou agir en faveur de la bonne alimentation. L'effort de sensibilisation est d'importance : « 14 000 collaborateurs (sur 51 000 travaillant en CDI - NDLR) ont été formés chez Auchan aux principes du développement durable », rappelle Pierre Frisch.

La guerre aux conditionnements extravagants bat donc son plein. « Pour autant, modère Pierre Frisch, l'emballage zéro n'existera jamais. » Pas souhaitable, non plus. Leur intérêt est indéniable. Pour transporter les produits, les entreposer chez soi « et surtout, note Pierre Frisch, pouvoir conserver du frais dans de bonnes conditions, ce qui constitue, tout de même, un progrès notable ! ».

Source :

Jean-François Ruiz - Cleantech Republic
http://www.cleantechrepublic.com/2009/09/16/auchan-passe-a-la-methanis[...]
16 septembre 2009